COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES POUR LA VUE. ANTI-OXYDANTS. OMEGA 3. LUTEINE

Marc Timsit Compléments alimentaires


Santé magazine 2016

complementsalimentaires
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Un complément alimentaire pour préserver ma vue

Interview Dr Marc Timsit, chirurgien ophtalmologiste, rédacteur du site Ophtalmologie.fr

Qu’attendre exactement de ces compléments alimentaires et à qui s’adressent-ils?

Leur bénéfice est clairement démontré dans la DMLA en cas de forme humide, pour éviter l’atteinte du deuxième œil, et dans certaines formes sèches avec un risque élevé d’évolution vers une forme humide. En revanche, aucun n’a prouvé son action en prévention de la DMLA, ni dans le glaucome ou la cataracte. Reste que les personnes qui ont tendance à consommer peu d’antioxydants et d’oméga3 ont sans doute intérêt à se supplémenter pour se préserver des effets du vieillissement oculaire en général. À noter que les oméga3 sont également intéressants pour les personnes qui souffrent de sécheresse oculaire. Quant aux compléments alimentaires utilisés pour limiter les corps flottants, ils n’ont qu’un effet placebo… mais cela peut rassurer certains patients.

1 Je questionne

«Est-ce sur les conseils d’un médecin? Ou en raison d’antécédents familiaux de maladie oculaire?» et «Êtes-vous suivi pour une pathologie oculaire?» et si oui «laquelle?» délimitent la demande.
Déterminez votre intervention «Votre vue a-t-elle changé ces derniers temps?» Si oui, «Pouvez-vous me décrire vos symptômes?» oriente plutôt vers un opthalmologiste en premier lieu.

Recherchez certains critères «Avez-vous consulté un ophtalmologiste récemment?», «Êtes-vous suivi pour une maladie? Avez-vous des antécédents de cancer?» déterminent le contexte. «Est-ce que vous fumez?», «Consommez- vous des fruits, légumes et du poisson?» fait le point sur l’hygiène de vie.

2 J’évalue

Les compléments alimentaires ciblant le vieillissement oculaire sont demandés en automédication pour prévenir ou limiter l’évolution de la cataracte, de la dégéné- rescence maculaire liée à l’âge (DMLA) démontré que dans certaines formes de DMLA. On sait aussi qu’une alimentation riche en antioxydants, caroténoïdes et oméga3 a un effet protecteur vis-à-vis de certaines de ces maladies, d’où l’intérêt d’une supplémentation dans certaines situations (voir interview). Recourir à ces références en automédi- cation est possible après avoir exclu des contre-indications et préconisé un suivi ophtalmologique pour un dépistage de DMLA ou de glaucome car une prise en charge précoce enraye leur évolution. Et toute modification de la vue doit conduire à une consultation en urgence.

3 Je passe en revue

Composants à l’action bien établie Association d’antioxydants et de caroténoïdes.
Des études(1)réalisées chez des patients atteints de DMLA ont été effec- tuées avec de fortes doses de vitamines antioxydantes (500mg de vitamineC, 500mg et 400UI de vitamineE), de zinc, puissant antioxydant (80mg), auquel a été ajouté du cuivre pour limiter les effets indésirables du zinc aux doses utilisées, et de caroténoïdes, la lutéine (2mg) et la zéaxanthine (10mg). La lutéine et la zéaxanthine, caroténoïdes en quantité importante au niveau de la rétine, la protègent des radiations nocives de la lumière en diminuant le stress oxy- datif et, contrairement au bêta-carotène, n’augmentent pas le risque de cancer du poumon chez les fumeurs. À noter:les compléments alimentaires contre le vieil- lissement oculaire vendus en pharmacie ne renferment plus de bêta-carotène.

Oméga3.Une autre étude(2)dans la DMLA a montré l’intérêt de fortes doses d’oméga3, dont l’acide docosahexaé- noïque ou EPA (270mg/j) et surtout l’acide eicosapentaénoïque ou DHA (840mg/j), des acides gras polyinsaturés indispensables au bon fonctionnement de la rétine. Les autorités de santé(3) recommandent d’ailleurs de consommer 500mg par jour de EPA et DHA dans le cadre de la prévention de la DMLA.

Autres Antioxydants et vitamines. Aucun com- plément alimentaire ne renferme de telles doses de vitamines et nutriments, celles du zinc et des vitamines C ou E dépassant les doses maximales journalières autori- sées dans les compléments alimentaires. D’où leur association fréquente à d’autres antioxydants comme le sélénium, le man- ganèse, le coenzyme Q10, le resvératrolx issu du raisin ou l’extrait de myrtille, richelu a tr en polyphénols et anthocyanes et pro-A posé pour améliorer la vision nocturne et diminuer l’éblouissement mais sans preuve d’efficacité. «Semblent également intéressants les vitamines du groupeB, vitamines B6, B9, B12 notamment, ou le safran ou encore la mésozéaxanthine, un autre caroténoïde important pour l’œil, mais à ce jour des études complémentaires sont nécessaires pour conclure à leur béné- fice», précise le DrMarc Timsit.
À noter: la vitamine B2 est reconnue comme «contribuant à une vision normale»

Divers. La citicoline, antioxydant et protecteur vasculaire, naturellement pré- sente au niveau du cerveau, et le ginkgo biloba,qui améliore le débit sanguin et la microcirculation, ont fTait l’objet d’études dans le glaucome.
L’acide hyaluronique et les fibres de collagène, principaux composants du corps vitré, entrent dans la composition de complé- ments alimentaires ciblant les corps flot- tants ou «mouches volantes»

4 Je choisis

Les compléments alimentaires ciblant en particulier la prévention de la DMLA sont nombreux. En dehors d’une recomman- dation médicale particulière, voici des pistes pour orienter le choix.
Selon le contexte «Il est logique de choisir un complément alimentaire se rapprochant le plus des formules employées dans les études, c’est- à-dire suffisamment riche en antioxydants et/ou en DHA», explique le DrMarc Timsit. Ceci est particulièrement impor- tant en cas de DMLA avérée lorsque l’indication d’un complément alimentaire du médecin (voir interview).

Selon la galénique La plupart des références se présentent en capsules à avaler. Deux capsules par prise sont le plus souvent nécessaires, s’ajoutant généralement à d’autres médi- caments pris par ailleurs. Pour faciliter l’observance au long cours, la prise d’une seule capsule par jour ou de comprimés à croquer peut être intéressante. Mais ces formes ne renferment pas toujours les concentrations et les différents compo- sants adéquats. Par exemple, il n’y a pas d’oméga3 dans les formes à croquer. Il est donc logique de réserver ces formes à un contexte de prévention du vieillis- sement oculaire.

5 J’explique

Le vieillissement oculaire est inéluctable. En dehors de certaines formes de DMLA, aucun complément alimentaire n’a prouvé son efficacité pour prévenir les pathologies oculaires liées à l’âge et/ou traiter les corps flottants. > Le complément alimentaire ne doit pas se substituer à une alimentation équilibrée. Une alimentation riche en légumes verts (voir plus loin) est associée à une réduc- tion du risque d’apparition de la DMLA. Une alimentation riche en antioxydants dans les fruits et légumes est également associée à une baisse du risque de cata- racte. C’est l’un des moyens essentiels de prévention, avant même la prise d’un complément alimentaire. > La prévention débute aussi par des visites régulières chez un ophtalmologiste afin de dépister précocement ces mala- dies. En général, tous les deux à cinq ans en l’absence de signes ou de correction.

6 Je conseille Modalités de prise

Moment de prise.
De préférence au milieu d’un repas pour les références avec huiles de poisson (oméga3) afin d’éviter d’éventuelles remontées de poisson désagréables.

Durée. Une supplémentation prescrite dans le cadre d’une DMLA avérée se fait sans interruption et à vie. En dehors de ce contexte, des cures de trois à quatre mois, renouvelables, ou même en continu, peuvent être proposées chez les patients ayant une alimentation pauvre en fruits, légumes verts et/ou poissons gras.

Ne pas cumuler plusieurs compléments alimentaires riches en antioxydants (pour la peau par exemple: anti-âge, bron- zage…) car les effets potentiels de fortes doses au long cours sont mal connus. Pour cette même raison, les personnes atteintes d’un cancer doivent demander l’avis de leur médecin avant de se supplémenter car de fortes doses d’antioxydants pourraient avoir une action délétère sur le cancer.

Mettre en garde contre certaines réfé rences vendues sur Internetqui peuvent contenir de fortes doses de bêta-carotène, déconseillé chez les fumeurs, ou dont la composition n’est pas garantie.

Gestes de prévention

> Outre l’arrêt du tabac, recommandé, une alimentation équilibrée et une activité physique régulière limitent la prise de poids susceptible de favoriser ou d’aggraver le glaucome ou la DMLA.

> Les antioxydants se trouvent dans tous les fruits et légumes. La lutéine est pré légumes verts, notamment choux, brocolis, épinards et courgettes. Les oméga3 et en particulier le DHA figurent en grande semaine: saumon, thon, maquereau, sar- dine, anchois, hareng…

> Protéger ses yeux de tout éblouissement: lunettes de soleil, chapeau.

> Une visite de contrôle chez son ophtal- mologiste vers 45ans ou même avant en cas d’antécédents familiaux de glaucome ou de DMLA est recommandée.

> Les personnes atteintes de DMLA doi- vent régulièrement tester leur vision, œil par œil à l’aide de la grille d’Amsler ou dT exemple. Toute déformation des lignes, même légère, ou toute modification nouvelle de la vision doivent conduire à une consultation en urgence; insister auprès du secrétariat si besoin.

 

Nathalie Belin Avec la collaboration du Dr Marc Timsit, chirurgien ophtalmologiste, rédacteur du site Ophtalmologie.fr (1) Études AREDS (Age-Related Eye Disease Study). (2) Étude NAT2 (Nutritional AMD Treatment2) dans la DMLA. (3) Anses, Actualisation des apports nutritionnels conseillés pour les acides gras, mai 2011

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